JÉRUSALEM — Le président Félix-Antoine Tshisekedi a réaffirmé, mardi 1er septembre 2026 à Jérusalem, l’attachement de la République démocratique du Congo à sa souveraineté et à son intégrité territoriale, alors que Kinshasa cherche parallèlement à approfondir ses relations avec Israël dans les domaines de la sécurité, de l’agriculture, des infrastructures, de l’énergie et des technologies.
En visite de travail en Israël depuis lundi, le chef de l’État congolais s’est entretenu avec le Premier ministre Benjamin Netanyahou puis avec le président Isaac Herzog. Les discussions ont porté à la fois sur les enjeux sécuritaires et internationaux et sur les perspectives de coopération entre les deux pays.
Face à son homologue israélien, Félix Tshisekedi a présenté la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la RDC et réaffirmé la position de Kinshasa sur la souveraineté nationale.
Le président congolais a insisté sur le caractère non négociable de l’intégrité territoriale de la RDC, en référence aux principes de la Charte des Nations unies et du droit international.
Cette déclaration intervient alors que l’est du pays reste marqué par la présence et les offensives de l’AFC/M23, dans un conflit qui oppose le mouvement rebelle aux forces gouvernementales congolaises et à leurs alliés.
Sécurité et défense au cœur des échanges avec Netanyahou
Avec Benjamin Netanyahou, les discussions ont notamment porté sur la sécurité et la défense, mais également sur l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et les hautes technologies, selon la Présidence congolaise.
Le Premier ministre israélien a, pour sa part, affiché sa volonté d’approfondir les relations avec Kinshasa.
Cette dimension sécuritaire revêt une importance particulière pour la RDC, qui cherche depuis plusieurs années à diversifier ses partenariats dans le domaine de la défense et du renseignement, alors que ses forces armées sont confrontées à des groupes rebelles dans l’est du pays.
La coopération envisagée ne se limite cependant pas au secteur sécuritaire.
Agriculture, eau et technologies : les secteurs privilégiés
Avec Isaac Herzog, Félix Tshisekedi a évoqué une nouvelle dimension de la coopération bilatérale dans plusieurs secteurs : agriculture et sécurité alimentaire, eau, santé, technologies et innovation, formation, sécurité et investissement.
L’agriculture apparaît comme l’un des domaines dans lesquels Kinshasa entend particulièrement tirer profit de l’expertise israélienne.
Israël dispose notamment d’une expérience reconnue dans l’irrigation, la gestion de l’eau, l’agriculture sous contraintes climatiques et l’utilisation des technologies pour améliorer les rendements.
Cette coopération avait déjà fait l’objet de discussions entre responsables congolais et israéliens en janvier 2026, notamment autour du transfert de technologies agricoles, de la gestion intelligente de l’eau et de la modernisation des systèmes de production.
Que cherche réellement Israël en RDC ?
Pour Israël, le rapprochement avec Kinshasa présente plusieurs intérêts.
Le premier est économique. La RDC représente un marché important, avec d’immenses besoins dans l’agriculture, l’eau, l’énergie, les infrastructures, la santé et les technologies.
Les échanges préparatoires organisés en juillet avec des entreprises israéliennes ont notamment porté sur l’agriculture intelligente, l’agro-industrie, les technologies de l’eau appliquées au secteur minier, les énergies propres, les technologies climatiques, la gestion environnementale et la valorisation des déchets.
Le deuxième intérêt est stratégique et diplomatique. Israël cherche depuis plusieurs années à renforcer ses relations avec les pays africains. Le président Isaac Herzog l’a lui-même souligné lors de sa rencontre avec Tshisekedi, en affirmant qu’Israël accorde une place importante à ses relations avec l’Afrique.
Le troisième intérêt concerne les technologies et le savoir-faire. Pour les entreprises israéliennes, la RDC peut constituer un terrain d’expansion dans des secteurs où le pays a d’importants besoins et où les technologies israéliennes peuvent trouver des débouchés.
Il serait toutefois prématuré de présenter cette relation comme une vague massive d’investissements israéliens en RDC. À ce stade, les éléments publics disponibles montrent surtout une multiplication des contacts, des discussions sectorielles et la recherche de partenariats.
Et qu’offre Kinshasa à Israël ?
De son côté, la RDC dispose d’un argument considérable : son potentiel économique et ses ressources.
Kinshasa cherche à présenter le pays comme une destination d’investissement, notamment dans l’agriculture, les infrastructures, l’énergie, les technologies et le secteur minier.
Le gouvernement congolais cherche également à attirer l’expertise israélienne afin que celle-ci ne se limite pas à la fourniture de services ou de technologies, mais débouche sur un transfert de compétences, une production locale et la création d’emplois.
Félix Tshisekedi a d’ailleurs insisté sur cette exigence : Kinshasa ne veut pas de partenariats simplement symboliques, mais des accords capables de produire des emplois, d’accroître la production locale et de créer davantage de valeur ajoutée en RDC.
La Présidence congolaise indique par ailleurs que les discussions portent sur les opportunités d’investissement israélien dans le cadre du Corridor de Lobito, ce qui donne à la relation une dimension économique et géostratégique supplémentaire.
ANALYSE — Une visite préparée, mais encore à transformer en résultats
À première vue, la visite de Félix Tshisekedi en Israël ne ressemble pas à une simple opération diplomatique.
Plusieurs éléments montrent qu’un travail préparatoire avait été engagé en amont. En juillet, des représentants congolais et des entreprises israéliennes s’étaient déjà réunis autour des opportunités d’investissement. Des discussions sectorielles avaient également été engagées dans l’agriculture et la gestion de l’eau.
La visite du 1er septembre apparaît donc davantage comme une étape politique destinée à donner une impulsion au rapprochement économique et sécuritaire que comme le point de départ de la relation.
Mais la véritable question reste celle des résultats.
Pour Kinshasa, la rencontre doit permettre d’obtenir davantage qu’une déclaration d’amitié. Dans le contexte de guerre dans l’est de la RDC, le gouvernement congolais a intérêt à multiplier les partenaires capables de lui apporter de l’expertise en matière de sécurité, de technologies et de formation.
Sur le plan diplomatique, le message envoyé est également clair : la RDC cherche à diversifier ses alliances et à inscrire sa question sécuritaire dans un réseau plus large de partenariats internationaux.
Israël, de son côté, trouve en RDC un pays de poids en Afrique centrale, doté d’un immense marché, de ressources importantes et de besoins considérables en matière d’infrastructures, d’agriculture, d’eau, d’énergie et de technologies.
Une rencontre aux retombées encore difficiles à mesurer
Pour l’instant, il faut donc distinguer l’annonce politique de l’investissement concret.
Les secteurs de coopération sont désormais clairement identifiés. Des contacts avec les entreprises israéliennes ont été établis. Des discussions ont déjà eu lieu avant la visite présidentielle. Les deux capitales affichent leur volonté de renforcer leur partenariat.
Mais les retombées économiques réelles dépendront de la capacité des deux gouvernements à transformer ces intentions en contrats, projets financés, transferts de technologies, formations et investissements effectivement réalisés.
Pour Tshisekedi, l’enjeu est donc double : obtenir un soutien et une coopération utiles aux priorités sécuritaires de la RDC tout en attirant des investissements capables de produire des résultats visibles sur le terrain.
Pour Israël, l’enjeu consiste à transformer son rapprochement politique avec Kinshasa en présence économique durable sur un marché congolais particulièrement vaste.
La visite de Jérusalem constitue ainsi moins un aboutissement qu’une nouvelle étape dans un partenariat en construction.
Source principale : AnalysonsKongo, à partir des déclarations et informations recueillies auprès des parties concernées. Éléments de vérification : Agence congolaise de presse (ACP), Présidence de la RDC et Présidence de l’État d’Israël.
Publié le 2 septembre 2026

