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KINGAKATI : LES TERRES ONT ÉTÉ ACHETÉES ET LES PROPRIÉTAIRES PAYÉS, RÉVÈLE L’ENQUÊTE D’ANALYSONS KONGO

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KINSHASA — ENQUÊTE | ANALYSONS KONGO, par Jean Kamani

La controverse autour du domaine de Kingakati, associé à l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a été relancée par les déclarations du bâtonnier Jean-Claude Muyambo. Celui-ci accuse l’ancien chef de l’État d’avoir spolié les populations locales et réclame la restitution des terres concernées.

Face à ces accusations, la rédaction d’Analysons Kongo a recueilli des témoignages auprès de sources locales proches des services administratifs et des dossiers fonciers de la région. Selon ces interlocuteurs, les terres ont été achetées progressivement auprès de plusieurs propriétaires, les paiements ont été effectués et les démarches administratives ont accompagné les transactions.

Jean-Claude Muyambo accuse, les sources locales contestent

Dans une intervention présentée comme une conférence de presse ou une interview, datée du 15 octobre selon les informations communiquées à notre rédaction, le bâtonnier Jean-Claude Muyambo affirme que le parc de la vallée de la N’Sele, communément appelé Kingakati, couvre entre 18 000 et 20 000 hectares. Il accuse Joseph Kabila d’avoir pris ces terres aux populations locales et demande leur restitution.

Il avance également un récit particulièrement grave : selon lui, quatre conteneurs remplis de serpents auraient été amenés et ouverts durant la nuit afin de provoquer la fuite des habitants qui refusaient de vendre leurs terres.

Les sources locales contactées par Analysons Kongo rejettent cette version. Selon leurs témoignages, les acquisitions ont commencé vers 1998, à une époque où Laurent-Désiré Kabila était encore vivant. La première transaction a concerné un propriétaire qui a vendu une partie de ses terres. Après cette vente, d’autres paysans, informés de l’opération, se sont présentés à leur tour pour proposer leurs parcelles.

Les achats se sont ainsi poursuivis progressivement, parcelle après parcelle. Certains propriétaires possédaient un hectare, d’autres deux ou trois hectares. D’après les sources interrogées, les terres ont été acquises auprès de différents vendeurs et les sommes convenues leur ont été versées.

Des transactions connues de l’administration locale

Les sources affirment que les acquisitions ont fait l’objet de démarches administratives et que les autorités locales de l’époque, notamment le bourgmestre concerné, étaient informées des opérations.

Elles soutiennent également que les documents relatifs aux transactions ont été établis et que des démarches ont été effectuées auprès des services administratifs compétents.

Selon ces interlocuteurs, les vendeurs ont reçu leur argent et les contestations portant sur des paiements prétendument manquants ne correspondent pas à ce qu’ils ont constaté dans les dossiers auxquels ils disent avoir eu accès.

Ces témoignages apportent une version différente de celle défendue par Jean-Claude Muyambo. Pour établir la situation juridique de chaque parcelle, les actes de vente, les titres fonciers, les registres cadastraux et les preuves de paiement demeurent toutefois les pièces décisives.

Une visite ministérielle évoquée dans le dossier

Selon les informations recueillies par notre rédaction, une délégation comprenant notamment Ève Bazaiba, alors ministre de l’Environnement, et Modero Nsimba, associé au ministère du Tourisme, s’est rendue à Kingakati dans le cadre d’alertes faisant état d’une possible spoliation.

Les sources locales rapportent que des documents relatifs aux acquisitions leur ont été présentés. Elles considèrent cet épisode comme un élément important pour comprendre l’historique du domaine.

Pour compléter cette partie de l’enquête, la rédaction doit pouvoir consulter le rapport de mission, les documents présentés lors de la visite et les conclusions officielles éventuellement établies par les autorités.

Qui a créé la controverse autour de Kingakati ?

Pour les sources interrogées par Analysons Kongo, les accusations de spoliation ne correspondent pas à l’historique des acquisitions qu’elles décrivent. Elles soutiennent que les terrains ont été achetés, que les propriétaires ont été payés et que les transactions ont suivi des démarches administratives.

La controverse soulève néanmoins plusieurs questions : quels terrains précis sont concernés par les accusations ? Qui sont les propriétaires qui contestent les ventes ? Quels documents présentent-ils ? Et sur quelles preuves reposent les affirmations relatives aux quatre conteneurs de serpents ?

La superficie exacte du domaine doit également être établie à partir des documents cadastraux, les estimations avancées dans le débat public variant entre plus de 10 000 hectares et 18 000 à 20 000 hectares.

La vérité doit reposer sur les preuves

L’enquête d’Analysons Kongo met en lumière une version locale qui conteste fermement celle du bâtonnier Jean-Claude Muyambo. Les témoignages recueillis défendent l’existence d’acquisitions successives et de paiements aux vendeurs, plutôt qu’une prise générale des terres par la force.

Pour autant, établir définitivement la régularité foncière de l’ensemble du domaine exige de confronter les documents aux déclarations de toutes les parties, notamment celles des anciens propriétaires qui affirment avoir été lésés.

Dans une affaire aussi sensible, la justice foncière exige des preuves : les contrats, les titres, les paiements et les archives administratives doivent permettre de distinguer les transactions régulières des éventuelles revendications fondées.

ENQUÊTE : ANALYSONS KONGO
Jean Kamani