Par Analysons Kongo
Économie — Mines — Géopolitique
17 août 2026
La RDC au cœur du marché mondial du cobalt
Le cobalt congolais est devenu bien plus qu’une simple matière première destinée aux batteries. Il constitue désormais un enjeu industriel, économique et géopolitique majeur.
Selon les dernières données de l’US Geological Survey (USGS), la République démocratique du Congo a produit environ 230 000 tonnes de cobalt contenu en 2025, sur une production mondiale estimée à 310 000 tonnes. Autrement dit, la RDC représente environ 73 % de la production minière mondiale de cobalt.
À titre de comparaison, l’Indonésie, deuxième producteur mondial, en a produit environ 44 000 tonnes. La RDC conserve également des réserves estimées à environ 6 millions de tonnes de cobalt, soit la moitié des réserves mondiales recensées par l’USGS.
Cette domination place Kinshasa au centre d’une chaîne d’approvisionnement dont les ramifications dépassent largement les frontières africaines.
Lundin Mining : produire du cuivre, exploiter une richesse qui contient aussi du cobalt
Une confusion mérite d’être levée.
Lundin Mining est présente historiquement en RDC à travers Tenke Fungurume Mining (TFM), un complexe minier majeur de la province du Lualaba, riche en cuivre et en cobalt.
Mais dans ses résultats de production publiés pour 2025, Lundin Mining ne comptabilise pas le cobalt parmi ses principaux métaux produits. Ses chiffres consolidés font notamment apparaître 331 232 tonnes de cuivre, 141 859 onces d’or et 9 907 tonnes de nickel. Le cobalt ne figure pas dans ce tableau de production consolidée.
Il serait toutefois trompeur d’en conclure que le cobalt est absent de TFM.
Tenke Fungurume est historiquement une opération cuivre-cobalt. Le véritable sujet est donc moins de savoir si le cobalt existe dans le minerai que de comprendre qui le récupère, qui le transforme, qui le commercialise et qui capte la valeur économique créée tout au long de la chaîne.
C’est cette distinction entre présence géologique, production minière, traitement, raffinage et commercialisation qui permet de comprendre le véritable enjeu.
Le paradoxe congolais : produire le cobalt sans contrôler toute la chaîne de valeur
La RDC possède une position dominante dans l’extraction du cobalt.
Mais la puissance minière ne signifie pas automatiquement maîtrise de la chaîne industrielle.
Une grande partie de la transformation mondiale du cobalt est concentrée en Chine. L’USGS indique que la Chine reste le premier producteur mondial de cobalt raffiné et le premier consommateur, notamment pour l’industrie des batteries lithium-ion.
Le système peut donc être résumé ainsi :
RDC → extraction du cobalt
Chine → raffinage et transformation
Asie, Europe et Amérique du Nord → fabrication industrielle et batteries
Cette architecture explique pourquoi le cobalt est devenu un sujet de sécurité économique pour Washington.
Pourquoi les États-Unis regardent-ils vers la RDC ?
Le cobalt est utilisé dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment les batteries, certaines applications industrielles et des technologies liées à la défense.
Les États-Unis cherchent depuis plusieurs années à réduire leur vulnérabilité vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine.
Le problème américain est simple : posséder une industrie technologique avancée ne suffit pas lorsque certaines matières premières critiques doivent être importées.
L’USGS souligne d’ailleurs l’importance des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques pour l’économie et la sécurité nationale américaines. En 2025, les États-Unis avaient notamment lancé une procédure visant à acquérir 7 480 tonnes de cobalt sur cinq ans pour le National Defense Stockpile, avant l’annulation de cette procédure avant la fin de l’année.
Washington cherche donc des alternatives.
Et parmi les alternatives les plus évidentes figure la RDC.
Mais Washington peut-il réellement contourner la Chine ?
C’est probablement la question la plus importante.
Acheter du cobalt en RDC ne signifie pas automatiquement sortir de l’influence chinoise.
Si le minerai ou les produits intermédiaires extraits en RDC continuent d’être transformés dans des chaînes industrielles dominées par la Chine, les États-Unis ne contrôlent pas réellement leur approvisionnement.
Le véritable enjeu américain est donc de construire une chaîne différente :
Mine congolaise → transformation en RDC ou dans un pays partenaire → raffinage hors Chine → fabrication industrielle → marché américain.
C’est beaucoup plus difficile que de simplement signer un accord d’achat de minerais.
Il faut des usines de traitement, des infrastructures énergétiques, des corridors logistiques, des financements, des garanties politiques et surtout une capacité industrielle capable de concurrencer les chaînes déjà établies.
Le cas TFM révèle toute la complexité du dossier
Tenke Fungurume permet justement d’observer cette réalité.
La mine est l’un des actifs miniers les plus importants de la RDC. Elle illustre la manière dont le cuivre et le cobalt congolais s’insèrent dans des chaînes de valeur internationales.
Pour Analysons Kongo, la question centrale n’est donc pas simplement :
« Qui extrait le cobalt congolais ? »
Mais plutôt :
« Qui contrôle chaque étape entre le sous-sol congolais et le produit industriel final ? »
Cette deuxième question est beaucoup plus révélatrice de la puissance économique réelle.
Un pays peut être le premier producteur mondial d’une matière première et ne récupérer qu’une fraction de la valeur créée lorsque cette matière traverse plusieurs frontières avant de devenir un composant industriel.
Le nouveau rapport de force autour du cobalt
La situation devient encore plus intéressante depuis les décisions prises par Kinshasa sur les exportations de cobalt.
L’USGS rapporte qu’en 2025, la RDC a instauré un moratoire temporaire sur les exportations de cobalt, avant de le remplacer par un système de quotas. Pour 2026 et 2027, le quota annuel est fixé à 96 600 tonnes de cobalt contenu, dont 9 600 tonnes destinées aux réserves stratégiques nationales.
Cette décision montre que Kinshasa cherche à reprendre davantage de contrôle sur le marché.
La RDC n’est plus seulement un fournisseur parmi d’autres.
Elle dispose d’un poids suffisant pour influencer l’offre mondiale.
Et lorsque l’offre d’un pays représente environ trois quarts de la production minière mondiale, toute décision de Kinshasa peut avoir des conséquences internationales.
RDC–USA : le véritable enjeu dépasse le cobalt
Le rapprochement entre les États-Unis et la RDC doit donc être analysé à plusieurs niveaux.
Il y a évidemment le cuivre.
Il y a le cobalt.
Mais derrière ces minerais se trouve une compétition beaucoup plus large autour des chaînes d’approvisionnement stratégiques.
Washington veut sécuriser son accès aux minerais critiques.
Kinshasa veut attirer des investissements tout en obtenant davantage de valeur ajoutée localement.
La Chine cherche à préserver son rôle dans la transformation et la fabrication des matériaux stratégiques.
Et les entreprises minières internationales cherchent, elles, à sécuriser leurs actifs, leurs investissements et leurs débouchés.
La RDC se retrouve ainsi au centre d’un triangle stratégique :
RDC — États-Unis — Chine
avec le cuivre et le cobalt comme deux des principaux points de tension économique.
Le véritable défi pour la RDC : passer de la mine à l’industrie
Pour Kinshasa, la question fondamentale n’est finalement pas de savoir combien de tonnes de cobalt le pays peut extraire.
La vraie question est :
combien de valeur la RDC peut-elle conserver sur son territoire ?
Extraire le minerai est une première étape.
Le transformer en produit intermédiaire en est une deuxième.
Le raffiner constitue une étape supplémentaire.
Puis viennent les matériaux pour batteries, les composants industriels et éventuellement la fabrication des produits finis.
Plus la RDC avance dans cette chaîne, plus elle augmente potentiellement sa valeur ajoutée, ses emplois industriels, ses recettes fiscales et son pouvoir de négociation.
C’est là que se situe probablement la bataille économique des prochaines années.
Notre analyse
Le cobalt donne à la RDC une puissance stratégique exceptionnelle.
Mais cette puissance restera limitée tant que le pays contrôlera principalement le sous-sol sans contrôler suffisamment la transformation et la commercialisation.
Lundin Mining illustre une partie de cette réalité : les statistiques consolidées de l’entreprise mettent aujourd’hui l’accent sur le cuivre, l’or et le nickel, alors que le cobalt demeure un élément essentiel du paysage minier congolais.
À l’échelle mondiale, le véritable pouvoir ne se trouve cependant pas uniquement dans la mine.
Il se trouve dans la capacité à transformer la ressource, à financer les infrastructures, à maîtriser les technologies et à contrôler les marchés.
La RDC possède le cobalt.
La question pour les prochaines années sera de savoir qui possédera la chaîne de valeur du cobalt congolais.
Et c’est précisément là que la rivalité entre Kinshasa, Washington et Pékin devient stratégique.
Sources
- U.S. Geological Survey — Mineral Commodity Summaries 2026, données mondiales sur la production et les réserves de cobalt.
- Lundin Mining — résultats de production 2025, données consolidées de production.
- Lundin Mining — rapports financiers et rapport annuel 2025.
Note éditoriale — Analysons Kongo : les chiffres de production du cobalt sont exprimés en cobalt contenu et ne doivent pas être confondus avec le tonnage de minerai extrait ou avec le volume de produits raffinés. Les chiffres peuvent également différer selon que l’on parle de production minière, de production attribuable à un actionnaire ou de production consolidée d’une entreprise.

