Ituri : les 50 000 déplacés de Bule vont-ils réellement rentrer chez eux ?

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AnalysonsKongo — Analyse
14 août 2026

Le gouverneur de l’Ituri, le général Gaby Kasongo, veut voir les habitants de Bule rentrer chez eux. Mais sur le terrain, le message des déplacés est différent : ils veulent rentrer, mais pas à n’importe quel prix.

Depuis novembre 2025, environ 50 000 habitants de Bule vivent sur le site de déplacés de la plaine de Savo, à quelques kilomètres seulement de leur localité. Huit mois après leur départ, leur retour reste suspendu à une question essentielle : peuvent-ils être assurés qu’ils seront réellement en sécurité une fois chez eux ?

Le gouverneur appelle au retour

Lors de sa première visite à Bule, mardi 11 août, le gouverneur de l’Ituri a demandé aux habitants de reprendre possession de leurs maisons.

Son message est simple : retourner dans les villages, signaler les menaces et participer progressivement à la reconstruction de la vie locale.

Pour les autorités provinciales, maintenir pendant des mois des dizaines de milliers de personnes dans un site de déplacement n’est pas une solution durable.

Mais entre l’appel politique et la réalité quotidienne, un fossé demeure.

Pourquoi les déplacés hésitent-ils ?

Les habitants rencontrés sur le site de la plaine de Savo disent ne pas avoir suffisamment confiance dans les conditions sécuritaires à Bule.

Ils accusent notamment certains militaires FARDC déployés dans la zone de violences, de pillages et d’arrestations arbitraires.

Ces accusations sont graves et doivent faire l’objet d’enquêtes. Elles ne peuvent pas être considérées automatiquement comme établies, mais elles permettent de comprendre pourquoi une partie de la population hésite à rentrer.

Certains habitants affirment également que des civils seraient assimilés à des combattants de la Convention pour la révolution populaire (CRP).

Pour une population qui a déjà fui les affrontements entre les FARDC et cette milice, le retour nécessite donc davantage qu’un simple appel du gouverneur.

Il faut une garantie de sécurité crédible.

Le remplacement des militaires, condition du retour ?

C’est probablement l’un des éléments les plus sensibles du dossier.

Un responsable du site estime que le remplacement des militaires actuellement présents à Bule pourrait faciliter le retour de la population.

Cette demande pose une question importante aux autorités :

Faut-il changer les unités déployées à Bule pour restaurer la confiance entre la population et l’armée ?

Une rotation des militaires pourrait effectivement permettre de repartir sur de nouvelles bases.

Mais elle comporte aussi un risque : si les nouvelles unités ne disposent pas des moyens suffisants ou si la menace de la CRP demeure, le changement d’hommes pourrait ne pas suffire.

Le véritable problème n’est donc pas uniquement qui commande Bule, mais quelle protection durable peut être garantie aux civils.

Alors, les 50 000 habitants vont-ils rentrer ?

Probablement pas tous immédiatement.

Le scénario le plus réaliste est celui d’un retour progressif, à condition que la sécurité s’améliore et que les autorités répondent aux principales inquiétudes de la population.

Il est difficile d’imaginer 50 000 personnes abandonner en même temps un site où elles se sentent relativement protégées pour retourner dans une localité où elles craignent de nouvelles violences.

Le gouvernement devra donc probablement travailler sur plusieurs étapes :

1. Sécuriser durablement Bule.

2. Examiner les accusations visant certains militaires.

3. Organiser, si nécessaire, une rotation des unités.

4. Garantir la liberté de mouvement et la protection des civils.

5. Réhabiliter les infrastructures essentielles : santé, écoles, routes et marchés.

6. Accompagner financièrement et matériellement les familles qui rentrent.

Sans ces mesures, l’appel au retour risque de rester largement symbolique.

Le problème de la confiance

Le plus grand obstacle au retour n’est peut-être même pas militaire.

C’est la confiance.

Une personne déplacée peut accepter de revenir si elle croit que son enfant pourra aller à l’école, que sa famille pourra dormir sans craindre une attaque et qu’elle pourra travailler sans être accusée arbitrairement de soutenir un groupe armé.

À l’inverse, si les premiers retours sont suivis de nouveaux incidents, le mouvement peut rapidement s’inverser.

C’est pourquoi les autorités doivent éviter de transformer le retour des déplacés en objectif purement statistique.

Faire rentrer 50 000 personnes ne signifie pas avoir résolu la crise si ces mêmes personnes doivent fuir à nouveau quelques semaines plus tard.

Notre analyse : Bule peut devenir un test pour l’Ituri

Le cas de Bule dépasse largement cette seule localité.

L’Ituri compte encore de nombreuses populations déplacées par les violences. Le retour des habitants de Bule pourrait donc devenir un test grandeur nature de la stratégie de retour des déplacés défendue par les autorités.

Si le retour est sécurisé, volontaire et durable, le gouvernement pourra démontrer qu’il est possible de restaurer progressivement la confiance dans les zones affectées par les violences.

Mais si les habitants sont poussés à rentrer sans garanties suffisantes, le risque est de créer un nouveau cycle :

retour → insécurité → nouvelles violences → nouvel exode.

Pour AnalysonsKongo, le message des déplacés doit donc être entendu avec sérieux.

Ils ne disent pas nécessairement « nous ne voulons pas rentrer ».

Ils semblent plutôt dire :

« Nous voulons rentrer, mais nous voulons être certains que nous pourrons y rester en sécurité. »

La balle est désormais dans le camp des autorités provinciales et nationales.

La question n’est donc pas seulement : “Quand les 50 000 déplacés vont-ils rentrer à Bule ?”

La vraie question est :

“Quelles garanties le gouvernement peut-il leur donner pour qu’ils ne soient pas obligés de fuir une deuxième fois ?”

AnalysonsKongo continuera de suivre l’évolution de la situation à Bule et le processus de retour des déplacés.